Les Maltais d’Algérie

Quelle est donc cette voix qui m'assure et me crie
Que ce monde insensé n'est pas une patrie,
Mais qu'il est un ailleurs où ma Mère et mon Père
M'attendent dans la paix des chants et des prières 
Laurent ROPA - le Jardin de l'Allélik

Cet article dédié à l’émigration maltaise en Algérie n’est pas le fruit d’une recherche mais plutôt un résumé de mes lectures en ligne sur ce sujet. Il y a des détails très intéressants que j’ai omis sur l’odyssée de ces insulaires, et pour lesquels je souhaite consacrer, ultérieurement, des écrits sur mon blog, après avoir effectué des recherches plus profondes. Bonne lecture !

Et si on commençait par parler un peu de Malte

Malte est un pays insulaire situé dans la mer Méditerranée, au sud de la Sicile (Italie). Sa superficie est de 316 km² et il se compose de trois îles : Malte, Gozo et Comino, dont Malte est la plus grande île.

Le Port de La Valette à Malte – crédit : User 32212 via Pixabay

L’archipel a, au cours de sa longue et mouvementée histoire, joué un rôle essentiel dans les luttes successives pour la domination de la Méditerranée et dans l’interaction entre l’Europe émergente et les cultures plus anciennes d’Afrique et du Moyen-Orient. En conséquence, la société maltaise a été façonnée par des siècles de domination étrangère par divers pouvoirs, notamment les Phéniciens, les Romains, les Grecs, les Arabes, les Normands, les Siciliens, les Souabes, les Aragonais, les Hospitaliers, les Français et les Britanniques.

Une rue à La Valette, Malte – Crédit : Photoforyou via Pixabay

Malte possède une langue nationale, le Maltais, et deux langues officielles, le Maltais et l’Anglais. Il dispose aujourd’hui d’une économie de services hautement industrialisée. Il est classé comme pays développé par le Fonds monétaire international et est considéré comme un « pays à revenu élevé » par la Banque mondiale ayant une « économie axée sur l’innovation » selon le Forum économique mondial. Malte est membre de l’Union européenne. Rappelons enfin que l’archipel maltais fut considéré par les géographes et les hommes politiques comme un territoire africain jusqu’au début du XIXe siècle. C’est en 1801 seulement’ qu’il fut compris dans le lot des terres européennes.

L’émigration maltaise en Algérie

L’émigration maltaise vers les régions de l’Afrique du Nord s’est déroulée rapidement après 1830, lorsque la France avait conquis l’Algérie, ouvrant ainsi cette terre à des milliers de colons européens.

Parmi ces européens, les Maltais étaient autrefois le quatrième groupe le plus important après les Français, les Espagnols et les Italiens. Ils étaient nombreux à s’orienter, pour des raisons principalement financières, vers ce qui est devenu l’Algérie et la Régence, future Tunisie.

Cependant l’Algérie fut, durant de nombreuses années, le pays de choix pour les migrants de Malte. En effet, dans les années 1850, plus de la moitié de ceux qui avaient émigré optèrent pour ce pays.

Pour atteindre Bône ou Alger, les voyageurs maltais se rendaient, par la mer, aux régions côtières tunisiennes, puis gagnaient la terre algérienne via La Goulette (Halq El-Oued) et Porto Farina (Ghar El-Melh). Rares sont ceux qui pouvaient se rendre directement à La Calle, premier port sur la côte de l’Algérie distant de 450 km environ de Malte. Bône qui est à quelques kilomètres de la Calle devint la seconde capitale des Maltais.

Le nombre de Maltais vivant en Algérie avait atteint un peu plus de 4 000 dans l’année 1847, et environ 15 000 personnes en 1903. La plupart était établie à Bône (Annaba), Alger et Philippeville (Skikda). Et on comptait quelques familles à Constantine.

Comment les Maltais étaient-ils perçus à leur arrivée

Si les migrations d’origine méditerranéenne, espagnole, maltaise, italienne n’ont pas été voulues par les autorités françaises, cela ne signifie pas qu’elles ont été rejetées. Cependant les migrants issus de ces pays se heurtaient à une certaine mauvaise volonté de la part de l’administration. Fonctionnaires et colons d’origine française nous transmettent d’eux, en général, une impression peu sympathique.

L’image des Maltais à leur arrivée en « Algérie coloniale », telle que perçue par les colons notamment les Français, est si bien décrite par l’écrivain descendant de migrants maltais, Pierre DIMECH : « Les Maltais paraissent plutôt au bas de l’échelle, dans une société elle-même assez mal équarrie dans son ensemble. Mais avant toute chose, ils déconcertent ceux qui cherchent à les « situer ». En effet, ne voilà-t-il pas des arrivants aussi mal définis que ces gens, dont on disait qu’ils étaient « sujets anglais » et dont on pouvait dire qu’ils étaient : superstitieux comme des Napolitains, accoutrés comme des Juifs (avec notamment un goût prononcé pour les bijoux – anneaux d’or aux oreilles), durs à la tâche comme des Valenciens, catholiques expansifs comme des Siciliens et parlant une sorte d’arabe aux âpres consonances ».

St. Paul’s Cathedral, La Valette, Malte, 1846 – Artiste : Reverend Calvert Richard Jones
Crédit : National Gallery of Art (Public Domain)

Toutefois, Dominique Miège qui fut consul de France à Malte entre 1827 et 1831, avait encouragé l’émigration maltaise, les Français avaient du mal à trouver suffisamment de colons en France et ils considéraient les Maltais comme des étrangers sûrs car ils n’avaient aucune ambition politique.

Un autre Français éminent qui souhaitait voir plus de Maltais émigrer en Afrique du Nord française était le cardinal Charles Lavigerie, qui était à Malte en 1882. Il avait qualifié les travailleurs maltais d’Algérie de travailleurs fidèles à la France et à l’Église catholique.

Leurs professions

Dès leur arrivée, les migrants maltais s’engagent comme dockers, cochers, interprètes, domestiques. Puis, ils ouvrent des boutiques, où ils vendent tous les produits comestibles possibles. Ils deviennent des négociants, et leurs préférences sont pour les céréales et les bestiaux. L’agriculture les intéresse et la marine également. De pécheurs à agents maritimes, à armateurs ; pour eux, c’est juste une simple question de temps.

On peut dire que les Maltais installés hors de leurs iles ont réussi dans l’ensemble à se créer une situation leur permettant de vivre, et certains sont parvenus même à faire fortune, parmi eux, on compte de nombreux grands propriétaires. L’envoi de leurs enfants dans les grandes écoles de Paris, leur entrée dans l’administration et même dans l’armée française sont les dernières phases de cette émigration maltaise en Algérie. 

Dernières décennies avant 1962 et l’exil en France

Avant de terminer cet article avec des extraits émouvants de « L’Emigration maltaise en Algérie » de Pierre DIMECH, je note que si j’ai partagé cette partie d’histoire des Maltais sur mon blog, c’est parce qu’elle me tient à cœur..

Annaba (Anciennement Bône) Algérie – Crédit : Rabie Madaci via Unsplash

« Peu à peu, les liens qui unissaient les émigrants à Malte se sont distendus, imperceptiblement, après les décès des derniers émigrants ; les enfants qui parlent moins bien le maltais sont moins tentés de correspondre avec leurs déjà lointains cousins de l’archipel. Quant aux petits-enfants, nés de parents qui s’expriment en français chez eux et qui vont à l’école communale, ce sont des Français d’Algérie à part entière. » 

Il faut savoir que les Français d’Algérie sont issus de mariages de différentes communautés, qui, en 1962, s’étaient toutes exilées involontairement et avaient choisi la France sans même en prendre conscience.

« Mais là, en butte à une non-reconnaissance de leur qualité de Français à part entière de la part des Français de souche, surtout dans ce climat de guerre civile qui a marqué la fin de la guerre d’Algérie, les Pieds-Noirs d’origine maltaise se sont mis à rechercher leurs sources profondes, ancestrales, et, nombreux, se sont rendus vers le petit archipel, non en touristes baladeurs, mais en pèlerins.

Et ces démarches discrètes, pleines d’émotion et de pudeur, font conclure cette rapide évocation des grands aspects de l’immigration maltaise en Algérie sur une note humaine profondément émouvante ».  

Bibliographie :
- Le Grand Exode par le Père Lawrence E. Attard, 1989
- Emigration maltaise de Pierre Dimech
- Elisa la Maltaise de Marc Donato
- Revue du monde musulman,  avril 1911 - R. Vadala
- Encyclopédie Britannica
- Wikipédia
Image d'accueil :
Le phare de Grand Harbour (est) La Valette, Malte
Crédit : Renatados via Pixabay

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