Normands, Pisans et Génois à Jijel

Il y a peu d’informations sur la partie d’histoire de la ville de Jijel (Algérie) qui commence de la fin de la domi­nation romaine jusqu’à l’établissement des Turcs en Algérie au début du 16e Siècle. Quelques points lumineux viennent, toutefois, percer cette obs­curité, retrouvés dans la période de la domination arabe, précisément l’histoire de la présence des Normands, des Pisans et des Génois dans cette ville côtière.

Les Normands

Photo : Michael-Li – Pixabay

Roger II était le neveu de Robert Guiscard, qui partit de Normandie, à la tête de quelques compagnons pour aller se créer un royau­me en Italie, Il descendit jusqu’en Cala­bre et pendant qu’il s’y livrait à des batailles, il envoya son frère Roger s’emparer de la Sicile, alors sous la domination arabe. A la mort du comte Roger, son fils, Roger Il lui succéda.

Chassés de Sicile par les Normands, les Arabes y venaient faire de fréquentes incursions. Roger II résolut de se venger d’eux, commença par s’allier avec un prince révolté de Gabès (Tunisie) et voulut s’emparer d’El Mehdia, résidence du dernier roi Zirite, El-Hacen. Deux tentatives échouèrent en 1122 et 1123.

Photo : Sara Martín Sesma – Pixabay

En 1135, Yahia Ibn Abdelaziz, roi Hammadite de Bejaïa, pour s’emparer des états du Zirit El Hacen, fit appel à l’aide de son ancien ennemi Roger II. Le roi de Sicile, saisissant cette opportunité, commença par s’emparer de I’Ile de Djerba puis envoya sa flotte ravager les côtes de Tripoli et de Bejaïa. Entre 1143 et 1144, la flotte de Roger II s’empara de la ville de Jijel qui fut complètement détruite. Les Normands pillèrent le château de Yahia Ibn el Aziz et y mirent le feu. L’occupation des Normands semble avoir été discontinue et limitée à la côte.

Cité par Dureau de La Malle, le célèbre géographe Al-Idrissi raconte « La flotte du roi Roger s’étant emparée de Djidjelli, les habitants se retirèrent à un mille de distance dans les montagnes, ils y construisi­rent un fort ; durant l’hiver ils venaient habiter le port, mais à l’époque de l’arrivée de la flotte, ils se réfugiaient presque tous dans les montagnes, ne laissant dans la ville qu’un petit nombre d’individus et quelques marchandises. »

Illustration : Auguste Raffet 1804/1860 – National Gallery of Art

Le calife de la dynastie des Almohades Abd-el-Moumen parvint à reprendre Jijel entre 1152 et 1160, époque qui marque la fin de la domination des Normands dans l’Afrique du Nord.

Les Pisans

A cette époque trois villes maritimes de l’Italie étaient particulièrement florissantes : Venise, Gênes et Pise. Les Hammadides de Bejaïa privilégiaient les Pisans pour des échanges commerciaux importants.

Quant à Abd-el-Moumen, il favorisa les Génois durant son règne et ses successeurs continuèrent sur la même voie mais donnèrent quelques avantages à leurs rivaux les Pisans qui installèrent des comptoirs à Jijel. La ville devint peu à peu sous leur domination.

Pendant un demi-siècle les Pisans tirèrent profit de Jijel et des régions avoisinantes notamment avec les cuirs écrus qu’ils utilisaient dans leurs célèbres tanneries.

Les Génois, leurs redoutables rivaux, profitant des difficultés qu’avait connu l’Italie (suscitées par la rivalité entre Florence et Pise) durant la première moitié du 13e siècle, s’emparèrent des possessions des Pisans en Afrique du Nord.

Les Génois

Il semble que la domination des Génois sur Jijel n’ait pas été effective. Le fait rapporté par l’histoire qu’un navire Pisan fut capturé, dans le port de Jijel, par les Génois en 1283 n’implique pas leur souveraineté sur cette ville.

Laurent-Charles Féraud, dans son ouvrage « Histoire de la province de Constantine – Gigelli » rapporte, à propos de la trêve conclue avec Bejaïa en 1309, que « les gens d’Aragon auront à Bougie et dans les autres villes du royaume, les fonds qu’ils y avaient anciennement et les privilèges dont jouissent les Génois, à l’exception de la franchise que ceux-ci ont à Djidjelli, ville de la côte »

Photo : Billel Messai – Pixabay

On pourrait en conclure que les gens d’Aragon (Le royaume d’Aragon : entité politique du Nord-Est de la péninsule Ibérique 1035/1707) avaient les mêmes privilèges que les Génois au royaume de Bejaïa, à l’exception de Jijel. Il semble probable que les Génois aient fondé des commerces et qu’eux seuls avaient le droit de le faire.

Ce qui renforce cette théorie est l’envoi des Génois d’une expédition à Jijel en 1513 qui, sous prétexte de punir les corsaires, s’empara de la ville. Ils en détruisirent, alors une grande partie pour créer un port d’attache.

Cette occupation précaire était la dernière. Désormais une nouvelle ère commence avec les Frères Barberousse.

Bibliographie :

Histoire de Djidjelli – Aimé Rétout – Ed Jules Carbonel 1927

Province de Constantine – Adolphe Dureau de La Malle – Ed Librairie de Gide. 1837

Histoire des villes de la province de Constantine, Gigelli – Volume 2- Charles Feraud – Ed Typogr. L. Arnolet, 1870

Photographie du Phare de Jijel : Haithem Ferdi – Unsplash

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